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mardi 3 juin 2014

L’éveil du militantisme gay en RDC



 Le projet de loi anti gay qui menace la communauté LGBTI a poussé pas mal de jeunes en République démocratique du Congo à prendre conscience des dangers qui pourraient les guetter à l’avenir.


 
Pour ce faire, des associations regroupant les homosexuels ont commencé à  s’orienter vers le militantisme. De Kinshasa à Matadi, en passant par Bandunduville jusqu’à Goma et Bukavu, une prise de conscience collective se fait remarquer. Cette situation, inimaginable voici encore quelques années, est palpable par les  activités visant particulièrement les droits et la santé des personnes LGBTI organisées à travers le pays.  Consciente de la vulnérabilité des homosexuels face à des maladies comme le Sida, les organismes internationaux comme le PNUD et l’ONUSIDA en partenariat avec des activistes de défense de droit de l’homme et de lutte contre le VIH sont devenus des véritables alliés pour ces associations. 



D’ailleurs, une formation sur le plaidoyer, le droit de l’homme  et VIH a été organisée du 14 au 16 mai 2014 au siège du Programme National Multisectoriel de Lutte contre le Sida (PNMLS) de Kinshasa. Cette formation visée l’amélioration et le renfoncement des capacités des différentes associations en plaidoyer et en Droit afin de les armer à mieux se défendre. Les associations suivantes ont répondu présent à cette formation. Il s’agit de : PSSP Kinshasa, PSSP Bandundu, Arc-en-ciel Matadi, Si Jeunesse Savait et Jeunialissime. Une autre activité de ce genre sera organisée au Nord- Kivu pour les associations de la partie Est de la RDC.

En clôture de la formation, une projection du documentaire Call Me Kutchu  a été organisée dans une salle privée sur le boulevard du 30 juin. Plusieurs activistes gays militant dans l’ombre ainsi que les associations susmentionnées ont pris part à la séance. Pour terminer en beauté cette semaine très active et militante, toute la communauté des activistes LGBTI  s’est retrouvée le samedi 17 mai dans un night-club pour célébrer la journée contre l’homophobie. Plus de 100 personnes étaient présentes pour une soirée de fête de 18 à 23 h00.


Ces activités prouvent à suffisance que les homosexuels ont compris qu’ils devaient se battre pour préserver leurs droits dans ce pays.  Le projet de loi de Steve Mbikayi est un des éléments clés de cette lutte pour éviter que le pays ne sombre dans une homophobie légalisée.   A Kinshasa, des réunions regroupant les associations telles que Jeunialissime, House Club et Si Jeunesse Savait se tiennent chaque mois pour renforcer l’esprit activiste et aborder les différents problèmes de la communauté. Des liens importants se sont noués avec les autres associations dans les provinces, telle que Rainbow Sunrise Mapambazuko de Bukavu et Arc-en-ciel Matadi. 



Il faut aussi noter que les réseaux sociaux tels que facebook et twitter, ont largement favorisé le développement des groupes ciblant la communauté homosexuelle. Des contacts sont pris régulièrement et les informations sont partagées afin de sensibiliser et conscientiser les homosexuels sur leur situation. Plusieurs projets soutenus notamment par le PNUD sont en préparation. La finalité étant d’aboutir à une grande plate-forme réunissant toutes les associations LGBTI de la RDC. 
 
A voir ces quelques pas effectués déjà, il convient de dire que les homosexuels congolais, en général et en particulier ceux de la ville Province de Kinshasa n’ont plus seulement l’idée de faire la fête. Ils veulent aussi se mobiliser et lutter afin d’être respecter dans la société. Dans cette lutte, Plusieurs but sont visés : le refus de voir des projets de loi anti gay être votés, la lutte contre la stigmatisation, l’accès facile au centre de santé et hôpitaux pour les personnes LGBTI malades, La prise en compte des minorités sexuelles lors des campagnes de vulgarisation contre le VIH-Sida, La lutte contre les arrestations arbitraires, etc.


Cet éveil du militantisme doit continuer à s’étendre sur toute l’étendue du pays. Beaucoup d’homosexuels restent encore sceptiques en ce qui concerne l’activisme en RDC.  La plupart craigne d’être exposé et contraint à faire leur coming out. Cependant, l’accès facile à internet et le succès de facebook a amené beaucoup de personnes issues de la communauté LGBTI à adhérer à des groupes de réflexion et à militer dans l’ombre en vue de soutenir une cause qui est la leur. La peur est certes là mais il faut s’organiser pour éviter une situation similaire  à ce que vivent les homosexuels en Ouganda, au Nigeria et au Cameroun.

 Pour rappel, il y a encore quelques années, aucun mouvement militant n’existait dans le pays. Par contre, des mouvements associatifs sous forme d’amical étaient nombreux mais pratiquement inactifs pour des causes nobles telles que l’encadrement des gays rejetés par leurs familles ou la lutte contre le Sida. Ils avaient principalement pour but de réunir les  homosexuels pour des soirées de fêtes ou des sorties entre amis. Cette absence de militantisme a longtemps contribué  à renfoncer le mépris de la société envers les minorités sexuelles.

JW

jeudi 28 novembre 2013

Rapport sur la situation des personnes LGBT en RDC (2010-2013)



L'association Si jeunesse savait et l'ONG Sexual Right Initiave présente conjointement un rapport mettant en lumière les violations, les discriminations et les contradictions des lois, politiques et pratiques en République Démocratique du Congo (RDC) qui ne permettent pas aux congolais et aux congolaises de jouir pleinement de leurs droits. Il s'agit notamment du traitement réservé aux lesbienne, gays, bisexuelles et transgenres.

 


Une legislation neutre

En effet,  concernant les personnes LGBTI, le Droit congolais est neutre selon la typologie d’ONUSIDA. Cela veut dire que la législation de la RDC n’est ni protectrice ni prohibitive envers  les minorités sexuelles. En octobre 2010, cette neutralité a failli être menacée par un membre du parlement national,  le pasteur  de l’Église Pentecôtiste des Secouristes, Évariste Ejiba Yamapia. Le Député a présenté devant l’Assemblée nationale une proposition de loi intitulée « Proposition de loi relative aux pratiques sexuelles contre nature ». L’exposé des motifs de la proposition mentionnait  qu’il est nécessaire de réviser le code pénal congolais afin de criminaliser « les pratiques sexuelles contre nature » comme la zoophilie et l’homosexualité. L’homosexualité est décrite, dans ce texte, comme « une menace à la famille » et « une abomination ». La proposition contient plusieurs articles criminalisant « les relations homosexuelles » ainsi que la zoophilie, et rendant illégales toutes formes de promotion, défense ou expression publique relatives aux « relations sexuelles contre nature ».


Des médias qui véhiculent une image négative des homosexuels

Dans leurs vies de tous les jours,  les LGBT congolais sont souvent victimes de plusieurs formes de violation sans qu’ils ne puissent avoir des moyens de défense juridique.  Ils sont aussi accusés d’attentat à la pudeur ou sont montrés dans les reportages à travers les médias congolais qui les présentent comme des curiosités de foire. Ces programmes sont diffusés sans tenir compte des règles d’éthique journalistique. Ces quelques faits peuvent permettre de comprendre la manière dont les homosexuels sont dévoilés dans la presse congolaise.

  •   En mai 2012, Molière TV, une télévision privée émettant à partir de Kinshasa, a diffusé un reportage de 7 minutes sur l’interrogatoire humiliant d’un travesti par un policier.

  •   Le 03 mai 2011, le journal l’Avenir, quotidien paraissant à Kinshasa avait publié un billet intitulé « haro sur l’homosexualité »[1]. Cet article  encore visible sur internet parlait de la nécessité de contrer les efforts des puissances européennes décadentes visant à faire accepter l’homosexualité aux Nations pauvres d’Afrique, sous peine de voir les aides financières être coupées. Si Jeunesse Savait avait demandé un droit de réponse et l’avait obtenu. Malheureusement, une autre réaction d’un lecteur publié, deux semaines après soit le 19 mai 2010 traitait l’homosexualité de « comportement déviationniste ». Ce lecteur classait, par la même occasion, les homosexuels dans le même groupe que les gangs appelés « kuluna » à Kinshasa et les enfants de rues ou « shegués ».



Menaces et arrestations arbitraires

En dehors des médias, les homosexuels sont victimes des tracasseries. Ils sont régulièrement torturés par la police, l’armée ou les services de renseignements qui leurs extorquent par la même occasion de l’argent.


  •  En 2010, une fille de 20 ans avait passé 9 mois, de décembre 2009 à septembre 2010, au centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa, pour attentat à la pudeur. Il lui a été reproché d’avoir eu des relations sexuelles avec une étudiante en Droit dont le père avait minoré l’âge pour la faire condamner. Ayant été en détention préventive illégale pendant 9 mois, elle a bénéficié des services de Me olivier okakessema, un avocat défenseur des droits humains.  


  • En 2010,  Gogo, un jeune homme âgé de 26 ans dont la vie est un calvaire à cause de son homosexualité affichée a été agressé violemment. Voici un extrait de son témoignage : « Le 03 juin 2010, un soir vers le marché Bayaka, au croisement des avenues Assossa et kasa-Vubu dans la commune de Ngiri-Ngiri, j'ai été pris pour cible par des personnes non identifiées si ce n’est que l’un d’eux portait une cordelette rouge à la ceinture, indice qu’il était militaire. Ces dernières me suivaient depuis le rond-point Mouleart situé entre les avenues kasa-Vubu et  Libération, dans la commune de Bandalungwa. Elles m'ont interpellé en m'appelant par mon prénom, je me suis arrêté et se sont approchées de moi et m’ont demandé si j'avais cessé avec les pratiques homosexuelles d'après eux "démoniaques". Pendant que je voulais savoir qui étaient-elles et qu’elles étaient leurs motivations, elles se sont jetés sur moi. J’étais seul contre tous. Ils m'ont lynché jusqu'à perdre connaissance car j'avais reçu des violents coups de mes adversaires. J’ai été conduit saignant dans un centre médical, situé dans la commune de Kasa-Vubu ».

  •        En 2012, Sifa, une lesbienne de 35 ans a été appréhendée au domicile familial par des personnes se présentant comme des services de renseignements. Ils ont menacé de l’amener en prison après une plainte qu’ils auraient reçue d’une compatriote vivant en Europe. Cette dernière se plaignait  d’avoir été forcée  d’avoir des relations sexuelles par Sifa. Les hommes des services de renseignements ont fouillé la chambre de la jeune femme et y ont trouvé des sous-vêtements féminins. Ils lui ont déclaré que cela constituait une preuve qu’elle recevait différentes filles dans sa chambre. Ils ont ajouté que la dite preuve confirmait une autre plainte liée  à un tournage de film pornographique pour le compte d’un artiste musicien que Sifa fréquentait. La jeune femme qui sortait d’une opération chirurgicale fut dans la contrainte de suivre les représentants du service de renseignement.   Cherchant à empêcher ces hommes de conduire sa fille convalescente en prison,  son père  a dû débourser la  somme de 5000 Dollars américains.  


  •     En mai 2013, deux activistes répondant, respectivement, au nom de Joseph Saidi et Jérémie Safari ont été successivement arrêtés et détenus par les services de la Police d’investigation criminelle et de la police de proximité de la ville de Bukavu. Il leur a été reproché de faire la promotion de l’homosexualité ainsi que d’avoir commis un viol. Monsieur Joseph Saidi, Président de l’association Rainbow Sunrise Mapambazuko s’est également fait extorqué la somme de 400 Dollars américains par les fonctionnaires de la police censés protéger les citoyens

 Ces cas ne sont pas exhaustifs mais démontrent combien le Droit des homosexuels est librement bafoué en RDC.

Justice Walu / SJS