samedi 14 avril 2012

Cameroun : L’homophobie poussée à outrance.

Le centre de Yaoundé, la capitale du Cameroun.

 Il ne se passe plus un jour sans que les médias ne relatent un incident ou un  problème lié à l’homophobie au Cameroun. Orchestrée par l’Etat et l’église, cette situation semble être un véritable acharnement lancé à l’encontre des homosexuels camerounais. 

En effet,  dénonciation, arrestation, condamnation et emprisonnement, tel est le lot des tracasseries dont sont victimes les minorités sexuelles. Malgré les appels lancés par la communauté internationale pour la protection des personnes LGBTI, les autorités camerounaises font la sourde d’oreille.  Les Homosexuels sont, ainsi, violentés et arrêtés avec souvent l’approbation de l’opinion publique.  Toutes ces hostilités affichées envers les gays se font légalement car l’Etat camerounais considère les relations sexuelles entre personnes de même sexe  comme un délit qui peut être sanctionné par cinq années de prison. Mais ces derniers temps,  cette vague homophobe a atteint son paroxysme. Au mois de mars dernier, un séminaire sur le Droit des homosexuels  à Yaoundé avec la coordination de l’Union Européenne a été interdit et la rencontre a tourné à la bagarre. Le Rassemblement pour la Jeunesse Camerounaise (RJC), une association homophobe,  était à la base du boycott de ce séminaire organisé par un collectif d’homosexuels. Les responsables du RJC ont fait ce qui est devenu monnaie courante au Cameroun, la dénonciation. Ils ont informé la police de la tenue dudit séminaire et ont mobilisé leurs membres afin d’empêcher de la réunion. Pour la police de Yaoundé, ce séminaire visait la promotion de l’homosexualité. 

La ville de Yaoundé
Il faut noter que l’opinion camerounaise accuse depuis quelques temps l’Union Européenne de vouloir imposer au pays une vision positive de l’homosexualité en  cherchant à défendre le Droit des homosexuels. Comme la plupart des pays africains, le Cameroun déclare que cette forme de sexualité n’est pas compatible aux valeurs du continent.  Toutes les personnes et les associations qui tentent de parler pour la cause des minorités sexuelles sont indexées et menacées.  La juriste Alice Nkom en est le parfait exemple. Madame Nkom se bat ouvertement pour la défense des homosexuels au Cameroun depuis des années. Elle était d’ailleurs parmi les participants du séminaire qui a avorté à Yaoundé au mois de mars.  Certains de ces collègues ont tout simplement souhaité qu’elle puisse être radiée de la profession. Présidente de L’Adefho, Alice Nkom est à l’origine d’une campagne de collecte de 10.000 signatures  visant à dépénaliser l’homosexualité au Cameroun.   Le code pénal camerounais, en son article 347 bis, stipule ce qui suit : « est puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 francs CFA toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe ».

Selon les associations de défense des Droits de l’Homme, 200 personnes sont interpellées chaque année suite à leur orientation sexuelle. Présentement, plusieurs homosexuels croupissent dans les prisons. Parmi  eux, il y a ceux qui ont été arrêtés sur simple base de soupçons. Face à un tel mépris, d’aucuns craignent qu’il puisse y avoir des assassinats et des règlements de compte. 

 La juriste Alice Nkom
Pour rappel, cette vague d’homophobie tire son origine d’une simple déclaration faite par Monseigneur  Tonye Bakot  le 31 décembre 2005.  Au cours de son homélie prononcé la nuit de la Saint Sylvestre à la cathédrale de Yaoundé, il avait déclaré que l’homosexualité était une pratique contre nature, un complot contre la famille et le mariage. Le lendemain, toute la presse avait relégué le message et le journal L’Anecdote publia un top 50 des personnalités présumées gays. Dans cette liste, on retrouvait les noms des ministres, des hauts cadres de l’administration, des vedettes du show-biz, du sport, etc.  La presse camerounaise qualifia même l’homosexualité de phénomène considéré au sein de la jeunesse comme un ascenseur social.

PW

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